Les vendanges à Swan Valley : de l'arnaque au bonheur.

La hantise de beaucoup de backpackers en Australie est la recherche (enfin, surtout la trouvaille !) de boulot… Manque d’argent, anglais tâtonnant, peu d'expérience dans la vie active ou dans la recherche d’emploi, peu débrouillards, les raisons de paniquer sont nombreuses pour ceux qui cherchent. 

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Combien de fois avons-nous lu que l’Australie n’est plus l’Eldorado que c’était ; qu’il est très dur, voire parfois impossible en certains endroits de trouver un boulot ; que les Australiens ne rappellent jamais quand on laisse son numéro…

 

Comme Matt l’a remarqué, beaucoup de ces plaintes émanent de Français qui ne parlent pas vraiment anglais (pour ne pas dire du tout…). Du côté américain, tous ceux qui cherchent trouvent. 

Et s’il est certain que parler anglais est un avantage, nous avons connu deux Français qui parlaient anglais comme des veaux espagnols, qui ont trouvé à Melbourne un boulot quasiment directement et qui en trois mois ont gagné vraiment bien leur vie.

 

De notre côté, après deux semaines et une voiture achetée, nous avons ressenti le besoin de gagner quelques dollars avant de prendre la route. Le lundi, direction une brasserie-café (oui, dans nos rêves de bisounours, Matt allait faire la bière et Lucile le pied-de-grue au service…). Bien évidemment, cela ne s’est pas passé comme ca. Nous avons fini par dépenser $70 en salades et bière, et par ne pas vraiment chercher de boulot. Nous avons ensuite voulu nous arrêter dans les différents châteaux viticoles du coin pour demander s’ils avaient besoin d’un coup de main pour les vendanges.

Là encore, nous n’avons pas suivi notre plan : aucune inspiration de confiance, trop dispersés, fermés en ce lundi, les “châteaux” nous ont lâchés. 

 

Nous avons donc fait marcher nos neurones, sommes rentrés dans notre famille d’accueil et Matt a décroché le téléphone. Et en l’espace de 5 appels, il nous avait aussi décroché un job dans les vignes pour le vendredi, au chai de Little River... derrière la brasserie ou nous avions tant dépensé ! Et avait laissé notre numéro à un vieux monsieur qui devait nous rappeler.

 

 Le mercredi, ce dernier a gardé parole et nous a recontacté. Il souhaitait nous rencontrer personnellement pour savoir si nous allions lui convenir. Ce mercredi est aussi le jour ou le clou dans notre pneu a décidé de faire sa vie de son côté, crevant le coeur de notre gomme. Branle-bas de combat. Comme nous ne pouvions pas décemment conduire 1h par jour avec un pneu qui rendait l'âme, commande fut faite de 4 pneus tout-terrain Yokohama chez Bob Jane’s Tires. 

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Le jeudi, nous avons emmené encore une fois notre Chocolatine chez le médecin… Tire Upgrade Baby, yeaaah ! Pendant son relooking, nous avons fait emplettes de chapeaux et gants, et c’est sur ces $835 de chirurgie que nous sommes partis gaiement rencontrer notre vieux bonhomme à une demi-heure de là. 5 minutes de papote plus tard, nous étions embauchés pour le lundi d'après. Oui, autant de route pour ça, ça nous a un peu refroidi, mais on n’a rien sans rien !

 

Le vendredi, trompettes du réveil à 4h15 pour un départ à 5h10 et une arrivée à 5h45, par déjà 26 degrés. Sur place, nous sommes seuls avec deux Allemandes. Le patron, qui ne s’est pas présenté, nous donne deux sécateurs, nous demande si on a déjà fait ça, nous précise encore une fois que nous serons payés au bucket ($3.5 par bucket), et que nous pouvons commencer quand nous voulons. Il ajoute que demain, la parcelle sera finie et que nous serons alors payés. Le tout sur un air dédaigneux et hautain et avec un accent que Lucile soupçonnait alors français ou allemand.

 

Surpris mais motivés, nous partons bille en tête. 1h, 3h, 6h30 passent. Point de patron à l’horizon, 4 nouveaux vendangeurs sont arrivés entretemps, il est 12h30, il commence à faire faim et très chaud (39 degrés…). Nous n’avons pas remplis autant de buckets que nous l'espérions. La vigne, très mal entretenue, est un vrai foutoir, le raisin est très rare par endroits, et Lucile se faisant mordre par une araignée au niveau du coude (avec force douleur qui remonte jusqu’au poignet et peau qui bubulle autour), nous avons ralenti le rythme pour mieux inspecter les branches. 

 

A 12h30, le patron arrive enfin, pour ne parler qu'à deux vendangeurs. Qui viennent ensuite nous voir pour nous dire qu’il est temps d'arrêter. Et nous avons du passer le message aux suivants. 36 buckets plus tard, sans argent, nous rentrons, épuisés par la chaleur. 

 

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Samedi, rebelote. Lever en fanfare, vendanges jusqu'à 11h30. Nous revenons alors à la voiture, bien décidés à réclamer votre argent, quand le patron, qui n’avait pas montré le bout du nez le matin, débarque, et nous hèle. Ses deux employés pour la charge et la décharge du raisin se sont mis torchon, chiffon, carpette le soir d’avant et ne se sont pas montrés le matin. Il nous propose $20 de l’heure chacun pour 3h de boulot supplémentaires. 

 

Après seulement 66 buckets en tout sur deux jours et donc quasi rien sur la fiche de paie, nous acceptons de bon coeur. Nous voilà alors à charger les buckets sur son véhicule, puis à les décharger dans son chai. Nous les versons dans un égreneur et nous nous débarrassons des grappes vides. A l’ancienne. Dans ce chai qui ne paie pas de mine et auquel est accolé le café. 

 

Nous nettoyons ensuite tout le matériel et le sol, et là, notre patron s'est enfin un peu déridé. Un peu. Faut pas trop en demander à un comte francais venu s’installer en Australie voilà 25 ans et dont la famille a des châteaux réputés dans l’Entre-Deux-Mers et à Saint-Estèphe... Oui, nous venons de rencontrer Bruno de Tastes, qui connait Carcans. Quelles étaient les chances d’une telle rencontre dans un pays aussi grand ? M. de Tastes est plus que satisfait de notre travail, il nous paie nos $371 avec entrain (pardon, $370, parce que le $1 qu’il tenait dans sa main est allé visiter sa poche et n’en est jamais ressorti…) et nous propose de revenir dès que le boulot reprendra, d’ici une semaine ou deux. 

 

Si nous le voulons, nous avons donc un boulot bien payé, pour 3 semaines, dans… on ne sait combien de temps…Si nous sommes ravis des trois heures que nous avons passées au chai et ou nous avons bien gagné, nous comprenons aussi qu'être payé au bucket revenait à se faire entuber en beauté et que nous ne renouvellerons pas l'expérience.

 

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Deuxième étape, voir comment cela se passe dans l’autre “chateau”, ou nous serons payés $20 de l’heure pour la récolte.

 

Lundi, les deux zombies que nous sommes se lèvent à 4h15. Début des vendanges à 6h, avec le vieux monsieur, Durham Mann, sa fille, deux Francais (Camille et Anthony) et deux Allemands.

 

A part en Nouvelle-Zélande, jamais vendanger n’aura été aussi agréable ! Un rythme tranquille, assis sur des cagettes pour ne pas se tuer le dos, nous avons récolté leur sauvignon blanc qu’ils transformeront en “champagne” (une exclusivité, eux-seuls ont le droit de faire ainsi ici !). Les heures passent, et vers 10h30, nous arrêtons de vendanger. La chaleur monte, il faut mettre le raisin sur la remorque du tracteur et aller se sustenter… 

 

4h30 de boulot à couper les raisins que nous n’avons pas vues passer tant le père et la fille sont charmants, intéressants et intéressés, pleins d’histoires et d’anecdotes ! Nous avons passé ensuite 1h à charger le raisin, puis nous avons eu droit à un brunch de roi, avec thé, café, croissant au bacon et fromage, brioche marbrée au chocolat… Deux amours de patrons qui veulent nous revoir jeudi. Nous nous sommes empressés d’accepter… 

 

Nous avons ensuite fait trois autres chais et avons été embauchés pour le même jeudi pour les vendanges dans un autre “château”. Ainsi, dès que nous aurons fini avec les Mann, nous irons faire un tour par les frères Edgecombe… 

 

Mine de rien, en l’espace de 4 jours de boulot, nous allons pouvoir mettre environ $900 de côté à deux, parfait pour prendre la route avant d’essayer les vendanges plus au sud, à Margaret River.

 

Ainsi donc, en l’espace d’une semaine, nous avons trouvé trois boulots. Il ne faut pas hésiter à y aller au culot, à téléphoner, à se déplacer, à insister. Il y a du boulot. Mais il ne faut pas avoir peur de se salir les mains...ni de parler anglais !!

 

Et si nous pouvons autant mettre de côté sans rien dépenser, il y a une raison. Nous devons remercier de tout notre cœur notre famille Cliff qui nous autorise à rester chez eux autant de temps que nous le voulons, boulot ou pas. Du moment que nous accomplissons nos tâches chez eux, ils ne nous souhaitent que le meilleur niveau boulot. Ce n’est pas donné à tout le monde d'être aussi ouvert et généreux, et nous devons le souligner. Peu d’hotes accepteraient un tel deal. Alors, merci, merci, merci à eux !

 




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Commentaires : 2
  • #1

    Marie (jeudi, 02 mars 2017 03:12)

    Merci de nous faire partager vos aventures et vos découvertes, vos joies et vos déboires! Nous avons l'impression d'être un peu avec vous! Voilà des épisodes et des rencontres peu communes qui vont vous enrichir!! Ici tout le monde va bien, Nous pensons très fort à vous! Nous vous embrassons! Marie
    PS: j'adore le kangourou vu de dos!!!! et merci de partager vos photos!!!

  • #2

    Lucile (jeudi, 02 mars 2017 07:48)

    Et si tu en veux encore plus... du style des photos qui ne sont pas dans l'article, et meme des videos que je ne peux pas mettre ... Il faut aller sur notre page Facebook !! (ou alors demande a Adrien ! :-) ) gros bisous a tous !! Et des que j'ai un kangourou de face, je vous l;'envoie !!

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Nous, c'est Lucile & Matt, deux jeunes trentenaires (ou presque pour Matt), amoureux des grands espaces, fadas de randonnées et de treks, aimant escalade et VTT. 

Nous voyageons un peu partout mais commençons juste à découvrir le monde, tranquillement, selon nos envies et notre rythme.

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